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BedZED
Immobilier

Et vous, connaissez-vous BedZED ?

By Matthieu Boisseau
21/02/2011

J'étais assez sceptique à l'idée d'aller visiter l'éco-quartier « Beddington Zero Energy Development », plus connu sous le nom de BedZED. Il faut dire que ma maigre connaissance de l'architecture ne me permettait pas d'avoir une idée précise sur ce concept. Allait-il être l'un de ces projets « écolos » dans lesquels toute activité humaine, et donc polluante, est proscrite ? Ou alors ressemblerait-il à l'un de ces fantasmes architecturaux souvent ambitieux mais rarement viables ? J'étais en fait très loin du compte, car force est de constater que l'un des grands mérites de BedZED est justement de s'être inscrit dans la réalité. Le projet en effet aussi viable économiquement et socialement qu'efficace sur le plan écologique. L'architecte anglais Bill Dunster et sa société ZED ont donc mis à bien un projet unique : concevoir la première communauté durable du Royaume-Uni.

 

Overview of BedZED
Vue d'ensemble de BedZED

 

Plutôt que de vous submerger de détails techniques et de statistiques, le but de cet article est de vous faire découvrir le mode de vie de ces résidents de ce quartier peu commun. Imaginez un peu : un service de covoiturage mis en place pour tous, une mise en commun des achats, un centre d'échange de vêtements, des « bons points » attribués aux citoyens les plus respectueux de l'environnement : BedZED est un projet ambitieux de vie en communauté à grande échelle.

 

Beddington Zero Energy. Zéro ? Vraiment ?

 

 

A Windcowl
A Windcowl

Vous l'aurez compris, le nom même du projet «Beddington Zero Energy » a quelque chose d'utopique, pour ne pas dire purement commercial. Bien entendu, personne ne peut vivre sans rejeter d'énergie. L'objectif de BedZED est donc davantage de réduire ces émissions, un objectif globalement atteint si l'on observe les statistiques. Grâce à des procédés architecturaux simples – les maisons sont exposées au sud, leur isolation est optimale et l'air est réutilisé grâce à d'étranges cheminées nommées "windcowls" - BedZED a réduit de 81% sa consommation d'énergie pour le chauffage. Par ailleurs, la consommation d'électricité a diminué de 45% grâce aux nombreux panneaux solaires et autres cellules photovoltaïques. Le coût est amortissable sur le long terme, et force est de constater que l'ensemble n'est pas plus inesthétique que les guirlandes lumineuses qui fleurissent à Noël.

 

Un autre domaine dans lequel BedZED s'avère extrêmement performant est le traitement des eaux. Les toits sont en effet recouverts de sédum, une plante perméable qui permet à l'eau de s'écouler dans des fosses filtrantes, limitant ainsi les pertes. De plus, des procédés tels que des chasses d'eau à double débit, des robinets réglables et des appareils électroménagers écologiques ont contribué à ces substantielles économies d'eau.

 

Enfin, l'accent est mis sur le tri des ordures ménagères, ce qui est très rare en Angleterre. Chaque foyer utilise en effet 4 poubelles distinctives, selon le traditionnel « code-couleur », ce qui permet la réutilisation de certains déchets sous forme de compost.

 

BedZED : une communauté durable

 

Grâce à ces passerelles, tous les résidents bénéficient d'un jardin et d'une véranda.
Grâce à ces passerelles, tous les résidents
bénéficient d'un jardin et d'une véranda.

Selon la brochure promotionnelle de BedZED, les résidents sont supposés vivre de manière « durable », c'est-à-dire en utilisant raisonnablement les ressources naturelles dont ils disposent, mais aussi et surtout en « communauté ». En effet, en optimisant les transports, le ménage, la cuisine, les achats, la pollution est considérablement réduite. En d'autres termes, mieux vaut utiliser une voiture pour quatre résidents qu'une voiture chacun. De ce fait, un service de covoiturage – avec des véhicules électriques, cela va de soi - a été mis en place. Les véhicules peuvent être réservés sur internet, l'objectif étant de rentabiliser au maximum les trajets. De même, les résidents ont l'habitude de faire leurs courses en commun : on imagine aisément la liste de courses taille XXL avec des pâtes, steaks hachés, fruits...pour 250 personnes. Le mode de consommation des habitants de BedZEd diffère donc considérablement du notre. Pour preuve, 86% des résidents achètent des produits biologiques, tandis que 39% d'entre eux cultivent leurs propres fruits et légumes. Ce ne sont donc pas que des habitudes "bobo-bonne conscience". A BedZED, l'écologie n'est pas un luxe, elle est un principe de vie.

 

Également, le quartier a créé son propre organisme d'échange de vêtements entre résidents. Ceux-ci déposent les affaires dont ils ne veulent plus, pour les troquer contre celles de leurs voisins. Mais ctte alternative concrète aux phénomènes de mode, symbole s'il en est de la surconsommation, n'a pas franchement séduit.

 

BedZED : its modern architecture, its windcowls.....its cars...
BedZED : son architecture moderne, ses windcowls.....son parking...

 

Trop beau pour être vrai ?

 

Malheureusement, les innombrables bonnes intentions qui faisaient de BedZED un quartier révolutionnaire à ses débuts ont progressivement été abandonnées. Le centre d'échange de vêtements, tout comme les achats en groupe et les lessives en commun appartiennent désormais au passé. Peu pratiques et demandant des efforts logistiques considérables, ces idées ont été rapidement rangées dans la boîte à souvenir qu'est devenu BedZED. A voir l'état de la salle de manger, ne contenant que 16 places pour plus de 200 résidents, il devient évident que les projets de vie en communauté sont en stand-by. Mais est-ce vraiment une surprise ? Après une journée de travail, qui serait prêt à aller manger dans une cantine à la décoration plus que douteuse avec tous ses voisins ? L'irrésistible confort du « chez soi » et le triomphe de l'individualisme sont une réalité....même à BedZED.

 

D'autres projets ont tout simplement été abandonnés en raison de leur manque de rentabilité. C'est le cas du système de traitement des eaux à base de plantes. Celles-ci permettaient de réutiliser les eaux usées pour les chasses d'eau à moindre coût...ou du moins le croyait-on, car les frais de structure et d'exploitation se sont révélés exorbitants, conduisant à sa mise hors service.

 

Enfin, un autre défaut majeur de BedZED est sa situation géographique. Situé à une heure et quart de Notting Hill (après un trajet en métro, tramway, puis bus) le quartier ne permet pas à ses résidents de n'utiliser que les transports en commun. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir le parking comporter près de 80% des voitures essence. Dans la mesure où les centres villes agissent comme des aimants sur nos activités professionnelles, culturelles, familiales, BedZED est trop éloigné du cœur londonien.

 

This is not a greenhouse, just BedZED's Green Water Treatment Plant. RIP.
BedZED's Green Water Treatment Plant, ou le traitement des eaux par les plantes de BedZED, a été abandonné en raison de coûts trop importants. Dommage, car l'idée était brillante.
 

Conclusion :


Si chacun d'entre nous vivait comme les plus zélés des résidents de BedZED, alors nous aurions besoin, en termes d'empreinte écologique, d'1,7 planète pour supporter l'activité humaine contre 3 actuellement. Un chiffre qui fait de BedZED un symbole d'un développement durable à dimension humaine. Cependant, la plupart des autres résidents de BedZED ont une empreinte écologique proche de 2,6. A l'image des projets intéressants qui ont été abandonnés en cours de route, BedZED est donc tiraillé entre sa volonté de protection de l'environnement et les exigences de coûts et de temps imposés par nos vies quotidiennes. Cela prouve que même dans un quartier écologique, tous les habitants ne sont pas prêts à se plier aux exigences du développement durable.

 

Pour autant, BedZED est-il un échec ? Si l'on compare les coûts d'investissement aux résultats obtenus, et surtout aux espoirs que le projet a nourris, alors la création de Bill Dunster est une réussite. Mieux encore, elle a montré que l'homme est en mesure, s'il s'en donne les moyens, de répondre, comme dans les pays nordiques, aux enjeux pressants que sont ceux du développement durables et de l'écologie. Il reste à présent à populariser et viabiliser ce genre d'initiatives dans nos pays, avant pourquoi pas, de l'ériger en modèle de développement. Le rêve est permis.

 

Pour visiter BedZED :

 
Horaires d'ouverture :

L'entrée à BedZED est GRATUITE
Ouvert: de 9.30am à 5.00pm, du Lundi au Vendredi hors jours fériés.
 
Adresse :
 
BedZED Centre, 24 Helios Road
Wallington, Surrey SM6 7BZ
020 8404 4880

 

Un grand merci à PLD pour les précieuses informations données avec passion, pédagogie, et compétence.

COMMENTAIRES:

04/05/2012 - mariek.utc a dit :

L'entrée est gratuite? Vraiment? Ils ont du changé leur pratique depuis.
http://www.bioregional.com/flagship-projects/one-planet-communities/bedzed-uk/
Je l'ai visité en Février et il était impossible de visiter par soi-même, visite guidée obligatoire à 20 Pounds.. Ce qui est hors de prix ! Et puis la visite guidée passe bien sous silences toutes les difficultés auxquelles BedZED est confronté aujourd'hui. Bref, un espèce d'éco-quartier Disney assez décevant.

28/02/2011 - janineyves.nouchet a dit :

28 02 :Y.N
Comme L.Z je trouve l'idée bonne ,mais tellement utopique; l'homme est bien trop individualiste pour que cela fonctionne. Et en plus il adhère a une idée que lorsque cela l'arrange.
Bravo encore

26/02/2011 - chassaiso a dit :

Bel article! Bravo!

24/02/2011 - louis.zegdoun a dit :

Les idées de Charles Fourier sont encore vivantes et renaissent de leurs cendres ! Que vivent les utopies !!!
Bravo Matthieu pour ces investigations.

24/02/2011 - familleboisseau a dit :

excellent article sur un sujet passionnant ...
Cela commence tout simplement par le tri sélectif dans nos poubelles domestiques !
A suivre pour application.
NBEDF

21/02/2011 - Pskipper49 a dit :

Ça a été un réel plaisir de te faire découvrir cet eco-quartier. Pour ma part, après un travail important en France, parcourir cette prouesse "architecturo-social" m'a permis de réaliser que le concept réver de tout architecte est encore loin de rentrer dans nos mœurs. La culture suédoise, ou plus généralement nordiste, s'en rapproche à petit pas, mais nos cultures, quelles soient française ou anglaise, ne nous permettent pas encore de démocratiser un tel mode de vie. Comme le dit si bien Matthieu, ce concept n'est pas qu'un quartier révolutionnaire au niveau de l'architecture, mais il est avant tout une prouesse sociale !
Le plaisir est de voir que de jeunes journalistes s'intéressent à de telles créations. Faire connaitre à nos entourages ce mode de vie "futuriste" nous permettra d'adopter chacun un petit peu d'eco-citoyenneté.

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